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Le millésime 2026 laissera des traces dans le vignoble de Gaillac (Tarn), après un éprouvant été passé sans transition des pesantes canicules aux précoces vendanges (désormais achevées) et une nouvelle vague d’arrachage conséquente (en 3 ans ce vignoble AOP/IGP du Sud-Ouest s’est réduit de 25 %, avoisinant désormais 5 000 hectares). Mais 2026 marque aussi un nouveau souffle avec quatre installations de jeunes sur le territoire. « Ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu autant de nouvelles installations ! Il faut cumuler les installations des cinq dernières années pour en avoir autant, et avec des reprises familiales. C’est une très bonne chose que les jeunes arrivent ! » présente ce 23 septembre Cédric Carcenac, le président de la Maison des Vignerons de Gaillac, à l’issue du comité technique départemental de la Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural (SAFER).
Les quatre jeunes s’installent sur une Surface Agricole Utile de 50 hectares et la SAFER vient de réaménager 80 ha de parcellaire viticole, cela fait un total de 130 ha de vignes changeant de mains rapporte Arcangelo Zanchetta, le président du Comité Technique du Tarn de la SAFER. Parmi les projets aidés, celui de Fanny et Romain Plageoles, qui après 20 ans à travailler dans la production et la commercialisation de vin se lancent sur 12 ha de vignes en cours de rachat (la signature est prévue la semaine prochaine). Ne minimisant pas les difficultés climatiques et commerciales du vignoble, Romain Plageoles pose que « nous savons les défis qui nous attendent, notre but est de produire du vin de qualité et de revendiquer l’appellation avec déjà l’idée de pouvoir transmettre dans 20 à 30 ans la propriété à nos enfants ». Ou aux enfants d’autres personnes rebondit Fanny Plageoles, précisant les contours du projet : culture biologique, 70 % de production en vin blanc, cépages autochtones… Et construction d’un chai pour pouvoir produire dès 2027 un premier millésime commercialisé en 2028.
Vrai projet de vie
« Dans les projets d’installation » à Gaillac, « il manque souvent des bâtiments techniques » relève Cédric Carcenac, qui note qu’avec les campagnes d’arrachage passées et actuelles, des viticulteurs souhaitant vendre ont préféré assurer leur sortie du métier, avec une prime de 4 000 €/ha, plutôt qu’en prenant le risque de vendre, entre 8 et 12 000 €/ha. « Le prix d’un sol nu en grande culture dans le Lauragais » souligne Arcangelo Zanchetta. « Ce sont des tarifs intéressants » reconnaît Fanny Plageoles, qui ne passe à l’installation qu’à l’occasion d’un projet de reprise correspondant à ce qu’elle cherchait : « c’est un vrai projet de vie » au passage du cap des 40 ans. « Nous avons fait du vin (avec mon frère, Florent), nous avons fait des études, nous avons pris le temps de la réflexion et nous avons trouvé le projet que nous cherchions » résume Romain Plageoles.
« D’autres affaires sont en cours, il y a un vrai potentiel de reprise devant nous » glisse Cédric Carcenac, qui appelle la filière à « accompagner et motiver les jeunes à reprendre », alors que la pyramide des âges va imposer de transmettre nombre de domaines. Pour réussir cette transition, le foncier est crucial, mais aussi l’adaptation au changement climatique relève Arcangelo Zanchetta. Rapportant que les cépages autochtones qui font la singularité de Gaillac montrent leurs résistances aux sécheresses et maladies, Cédric Carcenac estime qu’il va falloir permettre aux vignerons de pouvoir irriguer si nécessaire. Autorisé par dérogation en AOC ce millésime (sur approximativement 10 % du vignoble), l’apport d’eau se heurte à des limites de mise en ?uvre indique le vigneron, souhaitant un travail de réflexion syndical dès la fin d’année sur des « projets partagés » et des « retenues environnementales ». L’enjeu étant de garantir la durabilité des projets d’installation pour « maintenir l’outil de production et nos paysages culturels autour du vin et de la gastronomie » conclut Cédric Carcenac.